Interview du Dr Thierry Castro Médecine du travail

C’est grâce au partenariat avec la Médecine du travail que le Dr Thierry Castro intervient dans les Ehpad Edenis auprès des équipes pour les sensibiliser à la vaccination contre la Covid. Il est très optimiste sur l’apport du vaccin dans la lutte contre le virus.

Quelle est la tendance actuelle en matière de volontariat chez les soignants prioritaires à la vaccination, de + de 50 ans et à risque?

En matière de candidature à la vaccination on est parti très doucement. Ce départ est lié aux réticences collectives et nationales vis-à-vis de la vaccination en général. Mais on voit aujourd’hui une accélération due à une prise de conscience. Les personnes se sont renseignées, nous avons des éléments de connaissance quantitatifs et qualitatifs sur ce vaccin qui participent à rassurer. On conscientise également le contexte sanitaire, on réalise que l’épidémie est loin d’être enrayée, on parle à nouveau de confinement, de restriction de liberté de vie, on parle de variants… ce qui fait évoluer les positions.

Au regard de ce constat, est-ce qu’on peut dire que le taux de réfractaires baisse ?

Dans les établissements Edenis c’est variable selon les équipes. Mais ce qu’il faut noter c’est qu’il y a débat au sein des collectifs de travail et j’ai le sentiment que l’on y échange beaucoup. Les salariés d’Edenis s’y intéressent, se renseignent. Chacun à sa conscience propre et sa liberté de décision et au final les décisions progressent en faveur de la vaccination.

On constate en règle générale que les soignants malgré les campagnes vaccinales ne se vaccinent pas en masse notamment pour la grippe, que dites-vous de ce phénomène ?

Ce phénomène n’est pas propre aux soignants. Mais j’oserai dire que le taux de vaccination un peu bas peut avoir une explication rassurante ! Je m’explique : dans la conscience collective on n’a plus peur des maladies. Je caricature à l’extrême, mais on n’a plus peur parce que beaucoup de maladies graves ont disparues, ont été éradiquées. Cette tendance à délaisser la vaccination après des décennies d’éradication des maladies graves est donc plutôt le témoin d’une bonne avancée en matière de santé publique. Par contre il faut être convaincu qu’à partir du moment où on abandonnera les vaccinations pour telles ou telles pathologies, ne nous leurrons pas, les maladies reviennent ! On a vu très récemment des décès chez l’adulte de la rougeole qui est une maladie grave chez l’adulte parce que le vaccin ROR a été délaissé. La lutte se réengage ainsi entre le virus et l’homme et à ce jeu-là, l’homme est souvent perdant !

Quels sont alors les leviers que vous utilisez pour convaincre de l’utilité du vaccin du Covid ?

Il y a 2 freins, l’appréhension, la peur du vaccin et la méconnaissance de la maladie. Il faut jouer sur ces 2 leviers là. Ramener tout un chacun à un niveau de connaissance suffisant, adapté pour lui permettre de prendre la meilleure décision possible et donner des éléments sur la maladie et des arguments scientifiques récents sur les vaccins. Comment est conçu un vaccin, comment marche l’immunité, quels sont les effets secondaires qui ont pu être observés, rassurer les gens sur les différentes phases d’essais cliniques qui font que les vaccins sortis sur le marché sont les plus fiables. Ne restent sur le marché que les vaccins qui ont fait preuve de leur efficacité contre la maladie et leur quasi-absence d’effets secondaires. Les effets secondaires graves pour le vaccin Covid restent totalement à la marge en matière de chiffres et de gravité.

Ce vaccin est observé à la loupe par tous les scientifiques du monde, par tous les médias et réseaux sociaux du monde. S’il devait y avoir le moindre problème en matière d’effets indésirables aucun cadeau ne sera fait et toute la transparence sera faite dans les délais les plus rapides. C’est pour ça qu’à mon sens il n’y a pas aujourd’hui de frein légitime à refuser ce vaccin.

Vous avez par votre intervention dans une de nos résidence, convaincu 15 soignants de se vacciner. La médecine du travail a-t-elle un rôle particulier ?

J’ai simplement posé ma petite pierre sur l’immense travail fait en amont par les équipes de direction et médecins coordonnateurs. Le public que je rencontre chez Edenis est très intéressé, très vivant et l’ensemble des équipes y compris le siège social, font un travail remarquable en matière d’accompagnement sur la campagne vaccinale. Nous nous associons aux employeurs pour toute démarche de prévention, c’est l’essence même de notre mission. On apporte une aide pour lisser les réticences et les peurs.

Votre neutralité joue-t-elle un rôle décisif ?

Oui c’est évident nous travaillons en toute autonomie et dans le respect des salariés mais l’employeur est aussi dans son rôle en matière de prévention, il doit être garant de la bonne santé de ses salariés. Face aux clusters qui ont pu être observés dans certaines résidences, il a pour mission de protéger ses salariés et si la vaccination est un moyen de les protéger contre la Covid, l’employeur est totalement dans son rôle sans pour autant s’immiscer dans les choix personnels des salariés.

Quel est le message que vous adressez aux soignants sur l’intérêt d’être vacciné contre la covid ?

Avoir de l’humilité et de la vigilance. Même quand on est jeune et en bonne santé et sans aucun antécédent, il n’est pas exclu de faire une forme grave de Covid. Faire preuve d’humilité face aux virus présents sur Terre depuis beaucoup plus longtemps que l’espèce humaine. Ensuite à travers l’acte vaccinal quel qu’il soit on se protège soi, son entourage professionnel, collègues et résidents mais aussi ses proches.

En tant que médecin j’ai une pensée pour toutes ses personnes qui depuis la nuit des temps ont perdu un proche, un même un enfant à cause d’une maladie infectieuse et qui auraient tout donné pour avoir un vaccin. Aujourd’hui nous avons de la réticence aux vaccins qui s’offrent à nous, nous devons donc rester humbles mais toujours armés et vigilants face à ces virus.

Tous les salariés que je rencontre sont très à l’écoute, je n’arrive pas à les convaincre tous, ce n’est certes pas l’objectif mais il y a toujours des questions pertinentes et du débat.

Obtiendrons-nous un taux suffisant de vaccinés chez les soignants pour atteindre une immunité maximale ?

Je suis d’un optimisme prudent mais je suis convaincu que oui. Je pense que cette lutte au sein des établissements d’Edenis et ailleurs, on a les moyens de la gagner et on la gagnera, tout est question de temps et chacun à un rôle à jouer, chaque acte vaccinal peut sauver une ou plusieurs vies. C’est une véritable course contre la montre.